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Étude statistique sur 622 traités de calcul graphique publiés entre 1790 et 1990 Pour délimiter ce qu'a pu recouvrir, au fil du temps, l'expression « calcul graphique », nous avons réuni une bibliographie de 622 ouvrages publiés entre 1790 et 1990. La liste des références, volontairement restreinte aux ouvrages en français, en allemand, en italien et en anglais, a été constituée à partir des catalogues accessibles sur le Web de cinq bibliothèques nationales : Bibliothèque nationale de France, Die Deutsche Bibliothek, Biblioteca nazionale centrale di Firenze, The British Library, The Library of Congress. Des recoupements sytématiques ont permis d'établir les données avec une grande sûreté. Les éditions successives d'un même titre ont été comptées comme autant d'ouvrages différents.
Une première étude statistique, portant sur 498 ouvrages, avait été publiée dans l'article de D. Tournès, Pour une histoire du calcul graphique, Revue d'histoire des mathématiques, 6 (2000), 127-161. L'extension de l'étude à davantage d'ouvrages a confirmé l'essentiel des conclusions qui avaient été tirées. Tout d'abord, l'histogramme ci-dessous représente l'évolution de la production de traités de calcul graphique, décennie par décennie, depuis les ouvrages fondateurs de Pouchet jusqu'à nos jours.
Par son abondance, cette production est révélatrice de l'importance et de la vitalité du calcul graphique pendant le siècle qui va de 1870 à 1970. Les travaux initiaux de Pouchet (1795) et de Cousinéry (1839) n'ont tout d'abord été relayés que par quelques pionniers. En fait, c'est immédiatement après la publication de l'ouvrage de Culmann (1866) que l'on est témoin d'une véritable explosion, provoquée à la fois par le succès de la statique graphique auprès des ingénieurs et par les besoins des étudiants inscrits aux nouveaux cours qui se créent peu à peu dans les universités et les écoles techniques. L'intérêt pour le calcul graphique s'émousse ensuite quelque peu vers 1890, pour des raisons difficiles à identifier, jusqu'à la création de la nomographie par Maurice d'Ocagne. On assiste alors à un renouveau et à une période des plus florissantes, de 1900 à 1930 environ. L'effondrement de la décennie 1930-39 semble être le reflet de la crise économique. Il faut enfin noter un dernier sursaut, provoqué vraisemblablement par les besoins de calcul nés de la Seconde Guerre mondiale, de la reconstruction, et de l'expansion économique des années cinquante et soixante, avant d'assister à un déclin progressif et irrémédiable à partir de 1970, lorsque des calculatrices électroniques de poche, des ordinateurs bon marché et des logiciels techniques spécialisés modifient radicalement les pratiques de calcul des divers corps de métier. Après 1970, encore plus nettement après 1980, on ne trouve presque plus de traités autonomes consacrés au calcul graphique : la statique graphique ou la nomographie, vestiges du passé éclipsés par des méthodes nouvelles, ne font plus l'objet que de courts chapitres, souvent pour mémoire, au sein d'ouvrages techniques divers. Le deuxième histogramme présente, de 1830 à 1980, la proportion d'ouvrages dans chacune des langues retenues. On y retrouve les grandes lignes de l'histoire du calcul graphique : c'est à l'origine une création française, mais qui a été surtout développée et pratiquée par les ingénieurs allemands, puis italiens, entre 1860 et 1880, avant que la nomographie de Maurice d'Ocagne vienne relancer la production française aux alentours de 1885. Les publications en anglais, quant à elles, sont nombreuses et régulières dès 1870, bien que ne contienant que peu d'apports nouveaux : ce sont le plus souvent des traductions et des adaptations, avec un temps de retard, des travaux français, allemands et italiens.
Le troisième et dernier histogramme permet de visualiser, pour la même période allant de 1830 à 1980, la répartition des traités selon quatre grandes catégories : 1) les traités généraux de calcul graphique ; 2) les traités de statique graphique ; 3) les traités de nomographie ; 4) les traités spécialisés d'intégration graphique, dont une partie est orientée vers la fabrication d'intégraphes. Ce nouvel axe de vision met en valeur d'une autre manière les étapes importantes de l'histoire du calcul graphique. La période 1840-1859, un peu particulière dans la mesure où elle ne contient quasiment que les nombreux travaux de Lalanne, relève avant l'heure de la nomographie. Ensuite, on observe clairement que la statique graphique domine la production entre 1870 et 1920, puis que c'est le tour de la nomographie entre 1920 et 1980.
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